Le CompÁs dans l'Œil

  • Accueil
  • Tarifs
  • À propos
  • Agenda
  • Projets
  • FAQ
  • Blog
  • Contact
1 2
Quelle barbe !

13/09/2026

Quelle barbe !

Nous avons tous les images de ce documentaire en tête, qui nous ont fait rire avant de nous interroger : devant le miroir, dans sa salle de bains, Paco de Lucía se rasant la barbe à la veille d’un départ en tournée. Il s’adresse à la caméra derrière lui : « Qué pena de mi barba. (…) Pero bueno, ya mañana me voy de gira. Y hay que estar guapo. A mí me da igual ; lo que pasa, que luego mis hermanos me dan la rata… ¿Cómo vas a salir con esta barba, con esta pinta de guarro? (…) Es que no es muy flamenco, eso de la barba.˝ (1)

 

Si quelques exceptions méritent d’être citées (la magnifique barbe de Manuel Molina en première position !), force est de constater que chez les flamencos, la barbe n’est effectivement pas de mise. Les arguments des frères de Paco de Lucía (Ramón de Algeciras et Pepe de Lucía) tels qu’ils sont présentés ironiquement par Paco lui-même dans ce documentaire, peuvent nous donner quelques indices quant à l’explication de cette aversion : la barbe enlaidirait, rendrait sale. Mais derrière ce jugement esthétique, il est difficile de ne pas voir un jugement moral : la barbe comme symbole d’un laisser-aller, d’une nonchalance qui friserait la provocation, d’une paresse suspecte (Paco porte la barbe lorsqu’il ne « travaille » pas, doit se la raser quand il « se montre » en public ; et lui même vient d’avouer qu’il resterait bien à ne rien faire chez lui !), voire d’une coupable négligence hygiénique. Ce qui peut surprendre, c’est que ce jugement bien-pensant et, il faut bien le dire, passablement ridicule et réactionnaire, vient d’une communauté, les flamencos, elle-même longtemps marginalisée par une population bourgeoise utilisant les mêmes arguments méprisants contre eux.

 

Qu’on ne s’y trompe pourtant pas : si une communauté peut, dans certains contextes, revendiquer sa marginalité comme une fierté, un étendard brandi qui attesterait de son authenticité et de sa ténacité face à une société qui les rejette, il n’en demeure pas moins que souvent, l’aspiration au respect social la pousse à adopter de façon plus ou moins consciente et paradoxale les mêmes codes des dominants. En l’occurrence, un visage bien rasé. Ou encore, dans la génération de l’après-guerre pour le flamenco (ou de celle de l’entre-deux guerre pour les rébètes) l’adoption du costume trois-pièces. On pense à la rigidité morale de la famille des Farrucos, celle du grand-père danseur utilisant les pires images sexistes et homophobes à propos de Joaquín Cortés qui osait danser torse nu dans les années 1990 ; on pense à tous ceux qui trouvaient que le jeune Paco manquait de respect au public du Teatro Real (haut lieu de la culture dominante) en jouant jambes croisées.

 

Ce n’est pas le lieu d’étudier les causes et les implications d’une esthétique vestimentaire particulière chez les artistes qui se revendiquent d’une communauté musicale précise ; mais si on doutait que le flamenco est plus qu'un simple style musical, mais une vraie manière d’être au monde, un rapport particulier, unique et complexe, à la vie, una forma de vivir, comme ne cessent de répéter les flamencos eux-mêmes, alors ce genre d’attention aux détails de l’apparence extérieure devrait nous faire réfléchir.

 

(1) « Quel dommage, pour ma barbe. Mais bon, demain je pars en tournée. Et il faut être beau. Moi, ça m’indiffère, mais mes frères, ils me pompent l’air : Comment vas-tu te présenter avec cette barbe, avec cet air crade ? C’est que ça ne fait très flamenco, la barbe. » Extrait du documentaire Francisco Sanchez: Paco de Lucía (2002) de Jesús de Diego et Daniel Hernández.

Blog
Pour Rosa

09/04/2026

Pour Rosa

En 1972, l'émission de variété Mousiki Vradia (Μουσική Βραδιά) invite la toute jeune Charis Alexiou. C'est sa première apparition à la télévision. Elle y invite, entre autres, Rosa Eskenazi, alors agée de plus de quatre-vingt ans. 

 

Cette rencontre m'a inspiré ce texte que vous pouvez lire ICI. 

 

Pour visualiser l'émission, c'est par ICI.

Blog
Ramón, j'imagine

17/11/2025

Ramón, j'imagine

À la disparition de celui qui nous inspira tous, chacun a dû faire son deuil : qui en jouant, qui en témoignant, qui en se souvenant. Pour ma part, c'est en imaginant — en l'imaginant. Une façon comme une autre de s'en approcher davantage, le côtoyer, celui qu'à maintes reprise nous avons croisé sans jamais avoir le courage de lui parler. Ce roman, c'était une façon de lui dire, pudiquement, qu'il a changé ma vie et qu'en ce sens, il est un peu des miens.

 

Ramón, j'imagine est accessible ici.

Blog
Rébétiko ?

28/08/2025

Rébétiko ?

Le rébétiko est un art populaire savant qui combine musique et chant ; au comble de l’extase, la danse y est parfois conviée. Né au début du siècle dernier en banlieue d’Athènes au sein d’une communauté de marginaux exilés d’Asie mineure, il parle de solitude, de drogue, d’amours défuntes et de misère. Les voix y sont âpres, les musiques sombres : ici on ne cherche pas à plaire, mais à dire une vérité qui dérange.

 

Le rébétiko, c'est le chant des déracinés, la musique de ceux qui viennent d'ailleurs, la plainte des marginaux. Ils sont Grecs en Turquie, puis Turcs en Grèce. Jamais à leur place, toujours décalés, méfiants, les rébètes s'inventent un lieu imaginaire où se retrouver, loin du regard méprisant de la bonne société athénienne : ce lieu, c'est une musique obéissant à des codes que seuls eux maîtrisent et un argot que seuls eux comprennent.

 

Censuré, interdit puis finalement récupéré après ’45 par une bourgeoisie nouvellement éclose en quête d’encanaillement, le rébétiko a connu son heure de gloire en même temps que son pire dévoiement dans les années ’50-’60. Art de l’ombre trop soudainement porté à la lumière, il n’a pas survécu à son succès. C’est un répertoire clos de plusieurs milliers de chansons qui ne cessent, depuis, d’être découvertes, redécouvertes, reprises et réinterprétées, génération après génération.

 

Le rébétiko  connaît, depuis la crise financière de 2008, un renouveau d’un dynamisme impressionnant, en Grèce comme à l'étranger.

Blog
¿Flamenco?

16/08/2025

¿Flamenco?

Le flamenco est un art populaire savant qui fait voler en éclats la fausse opposition entre art populaire (divertissement) et art savant (élitiste). Il combine musique, chant, danse et poésie. Il se transmet traditionnellement au sein de certaines familles andalouses et, depuis peu, dans des académies ou des écoles. Il se manifeste spontanément pendant les fêtes et, de façon plus cadrée et professionnelle, sur les scènes du monde entier.

 

Le flamenco se comporte exactement comme une langue vivante : il peut exprimer tous les sentiments, de la peine la plus insoutenable à la joie la plus sauvage, et est capable de les communiquer à celles et ceux qui en partagent les codes. Il a son vocabulaire, sa grammaire, sa syntaxe, ses régionalismes et ses accents propres. Comme toutes les langues, il ne peut s’apprendre que si on le considère comme production culturelle globale, c'est-à-dire comme un objet culturel complexe ayant émergé dans un groupe social précis. En ce sens, il n'est pas un style musical parmi d'autres : ses productions ne peuvent pas plus être considérées comme des objets figés ("morceaux" de musique...) que les phrases d'une langue comme autant de proverbes gravés dans le marbre. 

 

Il ne se répète jamais, comme ne se prépare jamais une exclamation : il jaillit. Il se délecte de se surprendre lui-même.

 

C'est un flux constant, un jeu sans fin, un perpétuel ré-arrangement de sa propre réalité.

 

Ne l'enfermez jamais, mortels, ou vous le tuerez.

Blog

Le CompÁs dans l'Œil

  • Accueil
  • Tarifs
  • À propos
  • Agenda
  • Projets
  • FAQ
  • Blog
  • Contact
Site créé avec